FABRIQUE DU LIEN
NOS CONSTATS
#1 Une demande de cohésion face à un constat amer
Pour 78 % des Parisiennes et Parisiens, la cohésion sociale est le sujet prioritaire (Diagnostic Paris Collectif, 2025). Pourtant, la réalité est dure : la mixité sociale recule. La fracture Est/Ouest persiste, et même au sein de nos arrondissements, des « mondes » se croisent sans jamais se rencontrer. La proximité géographique ne suffit plus à créer du lien : 13 % des habitants du Grand Paris n’ont aucun proche dans leur propre commune (APUR, 2024).
#2 Le paradoxe de la densité
Dans nos quartiers ultra-denses, la solitude est un fléau silencieux qui touche 23 % des habitants souvent ou très souvent (APUR, 2024). Contrairement aux idées reçues, l’isolement ne touche pas que les aînés : les 18-24 ans sont les plus nombreux à se sentir seuls, même s’ils ont des cercles sociaux virtuels plus larges (APUR, 2024).
#3 Une ville excluante où les inégalités se creusent
Le lien social est devenu un marqueur d’inégalité. La précarité économique s’accompagne d’une précarité relationnelle : 41 % des personnes sans emploi se sentent seules (APUR, 2024), soit le double de la moyenne. L’habitat joue aussi un rôle majeur : 67 % des propriétaires ont un proche parmi leurs voisins, contre seulement 42 % des locataires du parc privé (APUR, 2024). Dans un contexte de forte inflation, une part croissante de la population est touchée par l’isolement et l’hyper-fragilisation du pouvoir d’achat (étudiantes et étudiants, classes moyennes, personnes âgées) (Diagnostic Paris Collectif, 2025).
Face au traitement faible de la cohésion sociale dans les politiques publiques régionales, le CESER Ile-de-France a sélectionné 6 thèmes représentant les enjeux de la cohésion sociale, aujourd’hui et à horizon 2030, dont :
- Soutien des nouvelles formes d’économie de proximité (échange, entraide…)
- Renforcement des liens intergénérationnels (CESER IDF, 2017)
#4 La saturation du tout-marchand
Le désir d’engagement est massif : 62 % des habitants affirment qu’ils participeraient à des initiatives locales si elles existaient (APUR, 2024). Pourtant, ce potentiel est gâché par des formats inadaptés. L’analyse qualitative montre que les habitants veulent du concret et du « faire ensemble » (jardiner, cuisiner, bricoler) plutôt que des réunions formelles, mais qu’ils se heurtent au manque d’espaces de stockage et à la lourdeur administrative (APUR, 2022). Les dispositifs actuels sont jugés trop complexes ou méconnus pour permettre une appropriation citoyenne simple (APUR, 2022).
#5 Une envie d'agir bloquée par la complexité et le manque de "pratique"
Aujourd’hui, pour se rencontrer, il faut souvent payer. Les lieux de rencontre principaux restent les commerces (20 %) et les bars/restaurants (18 %), loin devant les équipements publics ou associatifs. Il y a une remise en question de la « ville-consommation » : 77 % des Français jugent qu’on accorde trop d’importance à la consommation matérielle (Baromètre de la sobriété, 2025). Il manque des espaces « gratuits » où l’on ne consomme rien d’autre que de la convivialité.
#1 Crise de la démocratie représentative et des institutions républicaines
- Une croissance de l’abstention, “premier parti de France”, et du vote utile / par rejet qui sape la légitimité des élus et du processus démocratique.
- Une pratique du pouvoir allant à l’encontre de l’esprit de la Vème République et de la volonté majoritaire (enterrement du Grand Débat et des cahiers de doléances, explosion du nombre de 49.3).
#1 Crise de la démocratie représentative et des institutions républicaines
- Une croissance de l’abstention, “premier parti de France”, et du vote utile / par rejet qui sape la légitimité des élus et du processus démocratique.
- Une pratique du pouvoir allant à l’encontre de l’esprit de la Vème République et de la volonté majoritaire (enterrement du Grand Débat et des cahiers de doléances, explosion du nombre de 49.3).
#2 Rupture nationale et espoir local
- Si le « sentiment de déconnexion et de lassitude des citoyens envers le personnel politique » est massif (Projet de délibération 2025 DDCT 25), la confiance reste élevée envers l’échelon local et les Maires (Enquête Fractures Françaises, nov 2024). C’est donc, à l’échelle de l’arrondissement, que le lien peut être recréé.
#3 Échec d'une démocratie participative de façade
À Paris, les outils existants sont jugés « trop formels et peu transparents » par 62 % des citoyens engagés (Étude Démocratie Ouverte, 2021).
- Confidentiels : Une participation anecdotique aux votations (7 % pour les trottinettes, 5,7 % pour les SUV) qui pose des questions binaires infantilisantes.
- Sans impact : Près de 70 % des participants estiment que leur avis n’a eu aucun effet sur la décision finale. On consulte pour la forme, mais on décide entre soi.
- Des lieux trop éloignés : Si les lieux d’engagement thématiques (Quartier Jeune, Académie du Climat, Fabrique des Solidarités…) sont les bienvenus, leur échelle municipale et leur thématisation ne permettent pas le véritable dialogue démocratique. Ils cloisonnent les publics au lieu de rassembler tout le monde à une échelle plus petite et humaine : celle du quartier.
#4 Marges de manoeuvre facultatives pour les arrondissements
Via l’adoption de la délibération sur les « nouveaux pouvoirs pour décider », la Ville met à disposition des mairies une boîte à outils méthodologiques structurante :
- Création d’une Semaine de la participation et de l’engagement
- Prise en charge par les services de la ville (DDCT) du recueil et de l’analyse des demandes des citoyens
- Généralisation possible du tirage au sort, de la compensation financière et du droit de suite pour les instances de participation citoyenne
Le texte leur laisse toutefois la liberté — sans obligation juridique — d’instituer, ou non, leurs propres Assemblées Citoyennes d’Arrondissement
NOS ASPIRATIONS
#1 Rompre avec l’isolement urbain et la logique du “chacun chez soi”
Nous voulons faciliter la rencontre entre habitantes et habitants d’une même rue ou d’un même quartier. Il s’agit de réduire les failles générationnelles, économiques et culturelles qui perpétuent une dynamique d’entre-soi. Si ce lien est essentiel au quotidien, il devient aussi, par extension, un atout précieux en cas de crise (entraide en période de canicule).
#2 Revitaliser la vie de quartier par la coopération et le "faire ensemble"
Le quartier ne doit pas être un simple lieu de passage ou de résidence, mais un espace de projets partagés et de solidarité. Nous voulons permettre aux habitants de se réapproprier les espaces disponibles (halls, cours, locaux vacants, pieds d’immeubles, salles) pour y développer des projets communs créateurs de lien. L’enjeu est de dépasser la simple convivialité de voisinage pour aller vers une véritable coopération par l’action (jardiner, bricoler, organiser), seul moyen de créer des liens durables.
#3 La convivialité au service de la sobriété et des limites planétaires
Nous défendons un mode de vie plus durable, à l’encontre du consumérisme. Face à la surconsommation, le partage (outils, électroménager) et la réparation collective deviennent des actes de résistance joyeuse. L’objectif est de proposer des alternatives aux lieux marchands pour prouver que le respect des limites planétaires ne signifie pas privation, mais mutualisation.
NOS PROPOSITIONS
#1 Une maison du lien par quartier
OBJECTIF : Une maison du lien par quartier
Nous transformerons des locaux vacants ou réaménagerons l’existant pour créer, dans chaque quartier, un lieu hybride. L’étude APUR montre que la convivialité se construit dans l’activité partagée (la « praxis »). Ce ne seront pas de simples salles de réunion, mais des espaces d’action :
Exemples collectés lors de nos enquêtes terrains :
- La Grande Cuisine : Un espace pour apprendre à cuisiner sainement, partager des repas et lutter contre la consommation de produits ultra-transformés, le gaspillage alimentaire et l’isolement.
- L’Objet-thèque (La Bricothèque) : Une bibliothèque d’objets pour emprunter outils, jeux et électroménager. Nous fournirons les espaces de stockage nécessaires, identifiés comme un frein majeur aux initiatives citoyennes actuelles.
- L’Espace « Travail et Devoirs » : Un lieu calme pour les télétravailleurs isolés et le soutien scolaire.
- La Maison du Compost & du Végétal : Un pôle pour gérer les biodéchets du quartier, récupérer du terreau fertile et végétaliser nos rues. L’arrondissement peut devenir un maillon clé dans la structuration de la filière du compostage Parisienne.
IMPACT : Ces lieux ne serviront pas qu’à « passer le temps », mais à monter en compétence et structurer l’économie locale.
- Formation et Transmission : Nous proposerons des cycles de formation pratiques (Maître-composteur, réparation vélo, couture, menuiserie) dispensés par des habitants experts ou des artisans locaux.
- Structuration de filières locales : Nous connecterons ces initiatives pour créer de véritables boucles vertueuses. Exemple : Les biodéchets du quartier alimentent la Maison du Compost, qui fournit le terreau aux jardinières partagées et à la ferme urbaine locale. Le lien social devient le moteur d’une économie circulaire de quartier.
MISE EN OEUVRE : Une organisation en deux temps
- Valorisation de l’existant et état des lieux citoyen
Avant de construire, nous optimisons l’existant en mobilisant l’intelligence collective.
- La Mixité d’usage :
- L’école après l’école : Ouverture des préaux et gymnases aux associations le week-end et en soirée.
- Les « Double-Vies » : Une salle de lecture ou un réfectoire devient espace de débat le soir. Chaque m² chauffé doit servir à 100 %.
- S’inspirer des associations ayant formé de partenariats avec des acteurs publics ou privés pour bénéficier d’espaces en dehors de leurs horaires d’utilisation (ex : distribution de petits-déjeuners dans les lieux culturels)
- La Mixité d’usage :
- Le Grand Recensement Citoyen : Nous lançons une campagne participative :
- Cartographie : Les habitants signalent les locaux vacants et les « Réseaux d’entraide invisibles » de leur rue via l’application « Ma Démocratie » ou auprès des permanences mobiles.
- Bourse aux talents : Recensement des savoir-faire locaux (bricoleurs, comptables, jardiniers) prêts à s’investir.
- Sélection d’une thématique (via une consultation publique): Identification des manques spécifiques par quartier.
- Le Grand Recensement Citoyen : Nous lançons une campagne participative :
2. Lancement de La première maison du lien ; Le quartier choisit sa Maison.
- Le choix Démocratique de la thématique : Sur la base du diagnostic, nous soumettons au vote (via Jugement Majoritaire sur l’Appli ou vote physique) la vocation principale du lieu : Maison de la Cuisine ? Atelier de Bricolage ? Pôle Artistique ? C’est le quartier qui décide de son usage prioritaire.
- L’Appel à initiatives citoyennes : Une fois le thème voté, nous donnons la clé aux habitants. Nous lançons un appel à candidatures non pas pour des prestataires privés, mais pour des groupements d’habitants et d’associations locales.
- La Mairie fournit : Les murs, l’assurance, les fluides.
- Les Habitants fournissent : L’animation et la vie du lieu.
- Soutien aux relais : Nous identifierons et valoriserons les habitants-relais déjà actifs pour leur confier les clés de l’animation locale.
- L’Appel à initiatives citoyennes : Une fois le thème voté, nous donnons la clé aux habitants. Nous lançons un appel à candidatures non pas pour des prestataires privés, mais pour des groupements d’habitants et d’associations locales.
La garantie de l’accessibilité : Mise en place d’une participation à prix libre (ateliers, location d’outils) pour contribuer au financement du dispositif
Sources et références bibliographiques
Rapports institutionnels et urbanisme
- APUR (2024). Le lien social dans le Grand Paris : Enquête sur la solitude, les proximités et les solidarités.
- APUR (2022). Série d’enquêtes Résilience : Convivialité, solidarités de proximité et espaces du « faire ensemble ».
- CESER Île-de-France (2017). Rapport de cohésion sociale : Enjeux et thématiques prioritaires à l’horizon 2030.
Diagnostics et indicateurs de société
- Paris Collectif (2025). Diagnostic citoyen : Cohésion sociale et priorités des habitantes et habitants.
- Baromètre de la Cohésion des Territoires (2025). Analyse des fractures sociales et du sentiment d’appartenance.
- Baromètre de la Sobriété et des Modes de Vie (2025).
